samedi 15 avril 2017

Le vertige des falaises (Gilles Paris)



Le vertige des falaises

  •  Le vertige des falaises (Gilles Paris)
  • Broché: 256 pages
  • Editeur : Plon (6 avril 2017)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2259252834
  • ISBN-13: 978-2259252836





Mon résumé :

En posant le pied sur l’Île, un touriste pourrait être surpris… Une imposante maison domine le paysage, une maison tout en verre et en acier. Une maison baptisée Glass. Ce même touriste, évaluant le coût d’une telle construction et de son entretien, pourrait, dès lors envier la vie des habitants de Glass.

Le concepteur (et aussi propriétaire) de cette belle bâtisse se nomme Aristide Mortemer.  Sous son toit vivent également : Olivia (sa femme), Rose (sa belle-fille), Luc (son fils) et enfin Marnie, sa petite-fille.  Prudence, elle, habite dans une petite maison en face de Glass et a pour mission de s’occuper de ce petit monde. La belle vie….

Mais ça se sont les apparences, car malgré leurs transparences, les murs de Glass cachent une réalité ... vertigineuse (presque autant que les falaises de cette île sauvage) et plus compliquée que la simple structure d’acier de la maison.



Mon avis.

« Papa est mort. Je devrais avoir du chagrin, je n’en ai aucun. » D’emblée, Marnie donne le ton. Il y a de quoi choquer le lecteur… Pourtant, moi j’ai eu envie de poursuivre ma lecture, de comprendre comment et pourquoi une jeune fille de 14 ans pouvait être contente de la mort de son père. Et là je peux vous dire que je suis tombée de haut.

Car dans la famille Mortemer, les hommes sont loin d’être de gentils bisounours. Ils sont rudes et secs comme l’île. En eux, couve une violence digne des tempêtes qui peuvent balayer l’île. De ces tempêtes qu’on ne peut pas prévoir, anticiper, et qui s’abattent presque à l’aveugle.

Les femmes ne sont pas en reste non plus. Comme les herbes de l’île, à force d’affronter les tempêtes, elles ont appris à se protéger, elle se sont endurcies. Elles ont dissimulé au plus profond d’elles-mêmes, leur fragilité, leur besoin de tendresse et d’amour. Mais elles n’en restent pas moins femmes et … attachantes.

J’ai eu un coup de cœur pour le personnage de Marnie, une fillette en apparence, mais une adulte au fond. Une enfant d’une grande maturité pour son âge. Au fil de son récit personnel, de ce qu’en dit sa grand-mère, on voit qu’elle a « poussé comme elle a pu ». Ce qui est beau chez cette enfant, c’est que malgré le » blindage » qu’elle a mis en place pour se protéger, elle a encore des rêves d’enfants, des attitudes d’enfants, et surtout des envies pour le futur.

Le vertige, le lecteur le ressent au fil des pages et des « confessions » des personnages. Petit à petit, mots après mots, les barrières s’effritent, les non-dits se verbalisent et la réalité apparait. Une réalité dure à entendre, à lire mais qui éclaire sous un autre jour la vie de la famille Mortemer.

Il est difficile pour moi d’expliquer pourquoi j’ai aimé ce livre, je peux cependant dire que, outre l’histoire qui ne peut laisser insensible, et les personnages attachants, l’écriture de Mr Paris y est pour beaucoup. Il arrive avec humour, tendresse et surtout réalisme à mettre des mots sur l’indicible, sur l’inacceptable.

Un Grand merci à Mr Paris pour cet envoi ! –

vendredi 14 avril 2017

Seules les bêtes (Colin Niel)



Seules les bêtes

  •  Seules les bêtes (Colin Niel)
  • Broché: 211 pages
  • Editeur : Editions du Rouergue (4 janvier 2017)
  • Collection : Rouergue noir
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2812612029
  • ISBN-13: 978-2812612022


Mon résumé:

Evelyne Ducat a disparu, au milieu de la montagne.  Partie seule faire une petite randonnée, elle n’est pas rentrée. La police, prévenue par Guillaume Ducat (son mari) lance des recherches… et une enquête. S’agit-il d’un accident de randonnée ? S’est-elle perdue dans la tempête de neige ? L’hypothèse de la dispute conjugale ayant mal tournée est également envisagée. Mais les jours passent et la police piétine. Pourtant quelqu’un doit bien savoir quelque chose….

Mon avis :
J’ai commencé ce livre avec à l’esprit l’idée de lire une enquête policière sur la disparition d’une femme. Je pensais que la localisation de l’histoire, le causse, et le milieu paysan où se déroule allait sûrement donner une dimension supplémentaire et originale à l’histoire.
J’étais loin du compte, très loin. Je viens de finir ma lecture et j’en suis encore « sur le c… » (excusez ma grossièreté mais je ne trouve pas d’autre mot…).
Même si cette fois ci, l’enquête ne se déroule pas en Guyane, Mr Niel nous emmène quand même très loin. Très loin géographiquement mais surtout très loin, très profond dans le cœur des hommes et des femmes.
Au travers de ses personnages, il nous livre un portrait sans concession du monde paysan. Un monde où l’entraide ne semble plus de mise, un monde où le rendement semble être devenu le mot d’ordre. Un monde d’hommes qui se lèvent tôt et souvent ne se couchent pas. Un monde soumis à la nature. Et si les bêtes, dans les exploitations, vivent en troupeaux, les hommes eux sont seuls, très seuls.  Inexorablement seuls. Comment affronter cette solitude qui vous ronge les tripes ? Comment la supporter ?  Cette solitude que l’on oublie parfois dans les gestes du quotidien mais qui vous revient, tel un boomerang quand le soir vous éteignez la lumière.
J’ai été frappé, de voir que s’ils produisent de quoi nous nourrir, ces hommes et ces femmes… se nourrissent eux de boîtes de conserve. Ils aiment la nature, les bêtes … mais ils en viennent à haïr ces brebis et ces vaches qu’ils élèvent. Parce qu’à cause d’elles leur vie passe sans eux. Parce qu’à cause de quotas de rendement, ils ont dû abandonner leurs rêves et leurs projets. Leur vie.
Il est difficile de ne pas être touchée par Joseph, par qui s’est retrouvé seul sur son plateau, isolé dans un hameau seulement habité l’été par des touristes ? Joseph qui peut passer quinze jours sans voir personne ? Et que penser de Michel, qui d’ouvrier agricole est devenu propriétaire de la ferme … et de toutes les charges qui vont avec ? Michel qui ne fait plus que survivre, à côté d’Alice sa femme.
Je viens juste de refermer ce livre mais je sais que tous ces personnages créés par Mr Niel me marqueront longtemps. Je ne regarderai plus les reportages paysans à la télé de la même façon….
Du point vu de la forme aussi, Mr Niel fait fort. Il donne la parole aux protagonistes de cette histoire, plus compliquée qu’elle n’y parait. Et à chaque fois, la façon de parler colle exactement au personnage. Une bonne façon de rendre ses personnages si réalistes, si réels.
Ses descriptions de la vie paysanne, et surtout des lieux de l’histoire… je dirai juste « Waouh !!!! » C’est peut dire que de dire que j’ai eu l’impression de sentir la neige sur mon nez, d’entendre les brebis et les vaches… Et j’ai eu l’impression de ressentir moi aussi cette solitude pesante, celle qui peut pousser à … 

Un livre coup de coeur autant qu'un coup de poing!

Citations :

« Mais il y a une chose que les comptables ne mesurent pas, c’est la  honte qui enfle en silence à l’intérieur d’un homme. »
« Il faudrait peut-être réfléchir à une autre voie, qu’elle disait, soi-disant que de nos jours les gens ne font pas toute leur vie la même chose, qu’ils changent plusieurs fois de travail. Mais à ça aussi j’ai dit non. Je sais pas si je l’aime ce travail, mais ce que je sais par contre, c’est que j’ai pas envie d’en changer. Ou pas la force, ou pas le courage, mais ça revient au même. »

« Dans mon ventre, j’ai senti la boule qui revenait. Ou peut-être qu’elle n’était jamais partie. C’est là que j’ai compris. »
« Elle venait, elle m’apportait un peu de douceur, elle me disait des trucs gentils qui me faisaient du bien sur le moment. Mais après, elle repartait et ça recommençait, la boule revenait et grandissait même, c’en était douloureux quand je rentrais le troupeau le soir et que je savais qu’allait commencer une nouvelle soirée. »

jeudi 13 avril 2017

Martha et Alan (Emmanuel Guibert)



Martha & Alan - D'après Les Souvenirs D'alan Ingram Cope   de Emmanuel Guibert

  •  Martha et Alan (Emmanuel Guibert)
  • Album: 115 pages
  • Editeur : L'Association (19 septembre 2016)
  • Collection : ASSOCIATION (L'
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2844145930
  • ISBN-13: 978-2844145932




Mon résumé
Martha et Alan sont des amis d’enfance. Des vrais de vrais !! Ils se sont connus à l’école maternelle. Alan a consolé Martha qui avait été exclue d’un jeu par leurs pairs. Une amitié indéfectible, que ni la distance, ni les événements de la vie, ni les silences n’ont ébranlée.

Mon avis :
C’est une Bande Dessinée assez atypique que nous livre ici Mr Guibert.
Atypique de par sa forme. Il fait fi des « cases habituelles » pour privilégier les illustrations en pleine page. Disparues aussi les « bulles » qui donnent la parole aux personnages. A la place de courts textes qui donnent la parole au narrateur : Alan. Une forme qui se rapproche en fait plus de l’album (comme pour les enfants) que de la Bd. Une forme originale qui m’a parue familière en fait. Je trouve qu’elle prend vraiment tout son sens quand on découvre l’histoire et son caractère autobiographique.
J’ai vraiment apprécié la douceur qui émane de cette histoire. Une magnifique histoire d’amitié entre deux enfants qui grandissent. Je n’ai pu me retenir de sourire à l’évocation leurs « bêtises » d’enfants. C’est agréable de voir Alan et Martha grandir, évoluer, se perdre de vue puis se « retrouver » et reprendre leur histoire presque là où elle s’était arrêtée, comme si le temps n’avait pas passé.
Un autre point fort de cette BD c’est que Alan aurait pu critiquer les adultes ou même les évènements de la vie qui les ont séparés, mais il ne le fait pas.  A aucun moment il ne tombe dans ce piège. Car ce n’est pas un récit pour juger ou se plaindre qu’il a écrit. Au contraire, c’est du bonheur d’avoir retrouvé son amie d’enfance dont il veut nous faire part. Une joie simple et belle je trouve.
Les illustrations, un peu « vieillottes » donnent un certain cachet à ce récit. Elles sont en phase avec le moment où se déroulent l’histoire, en renforce le caractère original presque.

Une belle BD que j’ai découvert grâce à l’opération « La BD fait son Festival » organisée par le site Price minister que j’ai pu découvrir cette belle histoire. Une Bd à laquelle je mets la note de 17 sur 20